Pénurie de médecins de famille en Valais, les communes cherchent des solutions

En Valais, l’accès à un médecin de famille varie fortement selon les régions, avec des difficultés plus marquées dans certaines vallées et communes périphériques. Plusieurs collectivités ont donc choisi d’agir sur l’organisation des cabinets, la formation et les conditions d’installation plutôt que d’attendre qu’un généraliste reprenne seul une pratique existante.

Le cabinet individuel attire moins facilement la relève

En 2011, les communes et les médecins du district d’Entremont ont commencé à travailler ensemble sur la relève médicale. L’Antenne Région Valais romand relevait alors une difficulté récurrente, les praticiens proches de la retraite trouvaient difficilement un successeur, tandis que les jeunes médecins manifestaient davantage d’intérêt pour l’exercice en groupe.

Cette évolution a conduit les autorités locales à revoir le modèle traditionnel. Au lieu de chercher un médecin prêt à reprendre seul un cabinet, plusieurs professionnels peuvent partager des locaux et travailler dans une même structure.

La réflexion engagée en 2011 a débouché cinq ans plus tard sur une réalisation concrète. La Maison de la Santé du Grand Entremont a ouvert en 2016 à Sembrancher, après un travail commun entre communes et médecins documenté par l’regionvalaisromand.ch.

Le changement porte autant sur l’organisation du travail que sur les bâtiments. Un jeune praticien peut rejoindre une équipe existante plutôt que devoir créer immédiatement sa propre structure.

Sembrancher a choisi de regrouper les médecins

La Maison de la Santé du Grand Entremont a été pensée autour d’un site central à Sembrancher. Les médecins déjà installés dans les vallées ont été réunis dans une organisation commune afin de faciliter l’arrivée de nouveaux confrères.

Cette concentration répond à une difficulté propre aux territoires de montagne. Maintenir plusieurs petits cabinets dispersés demande davantage de ressources et rend les remplacements plus compliqués.

Le regroupement permet aussi de partager une partie de l’organisation quotidienne. Les équipements, le secrétariat ou certaines tâches administratives peuvent être répartis entre plusieurs professionnels.

Pour la population, le modèle cherche surtout à maintenir une offre de proximité à l’échelle du district. Il ne supprime pas les distances propres aux vallées, mais évite qu’un départ à la retraite entraîne automatiquement la disparition complète d’un cabinet local.

La santé devient ainsi un sujet d’aménagement territorial autant qu’une question médicale.

Le Chablais a développé plusieurs structures

La démarche d’Entremont n’est pas restée isolée. Après cette première expérience, une réflexion comparable a été conduite dans le district de Monthey avec l’appui du développement régional.

Elle a abouti à plusieurs projets publics ou privés. L’objectif restait similaire, proposer des formes d’exercice collectif capables d’attirer des médecins et de maintenir les soins de premier recours.

À Collombey, une maison de santé s’est ainsi développée autour de plusieurs professions. À Vouvry, une structure comparable regroupe également médecine générale et autres disciplines.

Le regroupement ne signifie pas que chaque professionnel devient salarié d’une commune. Plusieurs montages sont possibles, avec des partenaires publics, des praticiens indépendants ou des structures privées.

Cette souplesse compte. Une commune peut faciliter l’existence d’un lieu adapté sans devoir elle-même exploiter un cabinet médical.

Les communes ne peuvent pas simplement acheter un médecin

L’expression incitation à l’installation peut faire penser à une prime financière versée à un praticien. Les expériences valaisannes montrent un cadre plus large.

Mettre des locaux à disposition, favoriser un cabinet de groupe ou aider à coordonner plusieurs professionnels peut rendre une commune plus attractive sans transformer l’installation en simple décision financière.

La localisation reste déterminante. Un médecin qui rejoint une équipe bénéficie d’une organisation différente de celle d’un praticien devant assurer seul son cabinet, ses absences et une partie de la continuité des soins.

Les communes périphériques rencontrent ici une difficulté particulière. Elles doivent proposer un cadre suffisamment viable pour compenser un bassin de population plus réduit et des déplacements parfois importants.

Le résultat dépend donc de la capacité à construire une organisation durable, pas uniquement d’une aide ponctuelle.

Les maisons de santé ont donné des résultats mesurables localement

L’effet de ces structures a été discuté au Grand Conseil valaisan en septembre 2023. Durant les débats consacrés à la pénurie, le gouvernement cantonal indiquait que la situation différait fortement selon les régions et relevait que les communes ayant développé des maisons de santé disposaient alors d’une couverture médicale suffisante.

Le même constat distinguait les territoires disposant de ces organisations des communes plus périphériques et des vallées latérales, où les difficultés restaient davantage présentes. Cette appréciation figure dans les débats officiels du Parlement du Valais.

Ce constat ne permet pas d’affirmer qu’une maison de santé résout automatiquement une pénurie. Il montre toutefois qu’un regroupement peut fonctionner lorsqu’il correspond aux besoins locaux et réussit à attirer suffisamment de praticiens.

Le modèle fournit surtout une continuité. Le départ d’un médecin pèse moins lourd lorsqu’une équipe exerce déjà sur le même site.

Former en Valais augmente les chances d’une installation locale

Le canton agit également sur la formation des futurs médecins de famille.

Depuis 2010, le cursus valaisan de médecine de famille permet à des médecins assistants d’effectuer une partie de leur formation dans des cabinets privés avec un soutien cantonal. À l’automne 2025, le suivi parlementaire faisait état de 150 médecins assistants ayant bénéficié de ce dispositif.

Environ 70 s’étaient ensuite installés dans le Valais romand et une quinzaine dans le Haut-Valais. Ces chiffres correspondent au bilan cantonal disponible en 2025.

Le principe est concret. Un médecin en formation découvre pendant plusieurs mois la pratique ambulatoire et crée des contacts professionnels dans la région.

L’installation n’est jamais garantie. Le bilan montre cependant qu’une partie importante des participants est restée dans le canton après sa formation.

Les cabinets de groupe répondent aussi aux nouvelles attentes professionnelles

L’organisation du travail médical a changé. Les longues semaines assumées seul dans un cabinet correspondent moins facilement aux attentes de certains jeunes praticiens.

Une structure collective permet de répartir les absences, les gardes et certaines charges administratives. Elle facilite également le travail à temps partiel lorsque plusieurs médecins peuvent assurer la continuité des consultations.

Ce point dépasse le confort professionnel. Une commune qui cherche à remplacer un généraliste partant à la retraite doit tenir compte du modèle d’exercice recherché par la génération suivante.

Rechercher pendant plusieurs années un successeur prêt à reproduire exactement le fonctionnement du cabinet précédent peut conduire à une impasse.

Créer une organisation dans laquelle plusieurs médecins se répartissent l’activité répond davantage aux transformations observées depuis le lancement du projet d’Entremont en 2011.

La pénurie ne se mesure pas uniquement au nombre de médecins

Un territoire peut disposer d’un nombre correct de praticiens tout en rencontrant des difficultés d’accès.

L’âge des médecins, leur taux d’activité, la possibilité d’accepter de nouveaux patients et leur répartition géographique modifient fortement la situation.

Deux communes voisines peuvent ainsi présenter des réalités différentes. L’une dispose d’une équipe organisée autour d’un centre médical, tandis que l’autre dépend encore d’un praticien isolé proche de la retraite.

Le nombre brut de médecins ne suffit donc pas pour évaluer la solidité de l’offre.

La continuité compte davantage. Une organisation capable d’accueillir un nouveau professionnel ou un médecin en formation résiste mieux aux changements de personnel.

Les limites restent fortes dans les vallées périphériques

Les maisons de santé ne peuvent pas créer des médecins supplémentaires à elles seules.

Si le nombre de praticiens disponibles reste insuffisant à l’échelle suisse, les communes continuent de se faire concurrence pour attirer la relève. Une structure moderne peut améliorer les conditions d’exercice sans garantir qu’un poste sera rapidement pourvu.

La géographie ajoute une autre contrainte. Regrouper les consultations sur un site central facilite l’organisation médicale, mais peut augmenter le déplacement demandé à certains habitants d’une vallée.

Le modèle doit donc équilibrer accessibilité et concentration des ressources.

Les résultats observés à Sembrancher ou dans le Chablais ne peuvent pas être transposés automatiquement à chaque commune valaisanne.

Une politique locale qui se juge sur la durée

L’expérience commencée en Entremont en 2011 montre qu’une réponse communale à la pénurie se construit sur plusieurs années. L’ouverture de la structure de Sembrancher en 2016 est intervenue après cinq ans de réflexion et de coordination.

La principale leçon tient dans ce délai. Agir uniquement lorsqu’un médecin annonce son départ laisse peu de temps pour créer une alternative.

Pour les communes, la prochaine étape consiste donc à connaître l’âge et la disponibilité des praticiens locaux, anticiper les transmissions de cabinets et identifier les possibilités de regroupement avant qu’un territoire ne se retrouve sans solution.

Ces dispositifs améliorent l’organisation locale des soins, mais ne remplacent ni la formation de nouveaux médecins ni une planification cantonale de la santé. Pour un problème médical individuel ou une difficulté à trouver un suivi, l’orientation doit rester adaptée à la situation de chaque patient.